Cinéma

ISHTVAN NEKRASOV : un comédien et réalisateur franco-russe

Dis-moi EMIE, Ishtvan Nekrasov, c’est qui ? 

Ishtvan Nekrasov est un jeune comédien et réalisateur franco-russe découvert dans la série Un Si Grand Soleil (France 2). Il interprète également le rôle principal dans « Les Engagés » saison 3, disponible sur France Tv Slash. Nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur son parcours de comédien, ses anecdotes de tournages, les films qui l’ont marqué dans son enfance et son travail en tant que réalisateur !

E : Parles nous de ton parcours d’acteur ? 

I : J’ai tout d’abord commencé par le théâtre, je suis allé au conservatoire. On faisait pas mal de pratique, on voyait les grands classiques, les contemporains du monde théâtrale et à coté j’ai fait une FAC de Lettres. Puis un beau jour j’ai un pote qui est parti à Minsk pour faire un stage de théâtre là-bas et il est revenu avec un niveau incroyable. Du coup j’ai moi-même fait le stage, j’ai trop kiffé et j’y suis resté un an. C’était une formation à la Russe, l’ancêtre de l’acteur studio avec Stanislavski et aussi de la biomécanique. On avait énormément de disciplines physique, de la boxe, du combat scénique, de l’escrime artistique, de la danse contemporaine, classique, du chant, du piano…

C’était une formation extrêmement complète dans laquelle il y avait aussi énormément de théâtre. Pour donner un ordre d’idée en heure de travail on était environ à 90 heures de travail pour semaine. Puis en revenant en France j’ai trouvé un agent, pendant un an j’ai fait du théâtre et puis j’ai commencé à tourner.

E : Tu vois une certaine différence par rapport aux formations qui sont proposées en France ?

I : Selon moi les formations en France manque vraiment de corps comparé à celle que j’ai suivi. On savait tout faire. On devait par exemple aller dans la rue observer quelqu’un qui nous paraissait intéressant et on devait l’imiter, on le suivait, observait sa démarche sa posture, sa façon de parler. Ce qui n’existe pas en France ! Après il existe des gens fous comme l’acteur dans Holy Motors un mec qui à la réputation d’être fou, un comédien qui suit les gens dans la rue et dans le métro pour pouvoir s’en inspirer pour ces futurs rôles.

Je recommanderai cette formation à quiconque souhaiterai faire du théâtre à l’époque où je l’ai fait. Aujourd’hui je ne sais pas du tout ce que cette école est devenue, à Minsk on est quand même passé à deux doigts d’une guerre civile. C’est réputé pour être la dernière dictature d’Europe donc allez-y mais peut-être pas (rires).

E : Tu es un personnage récurrent depuis 3 ans dans la série « Un Si Grand Soleil » (France 2), c’est grâce à ça que tu t’es fait connaitre du grand public. Comment s’est passé le casting ? 

I : J’ai passé le casting et j’ai été pris voilà (rires). En vrai c’était un peu drôle, le casting s’est  plutôt bien passé. Je n’ai pas eu de nouvelles pendant 1-2 mois donc j’ai commencé à me dire que je ne serai pas retenu pour le rôle. Finalement mon agent m’a appelé et m’a dit qu’ils voulaient me voir en callback (2ème tour du casting) la semaine suivante. J’y suis allé, je n’avais rien à préparer, j’ai juste révisé mon texte. Puis je suis arrivé sur place et j’ai vu la directrice de casting, tout le monde était hyper amical, elle m’a dit d’aller dans un bureau et c’est là que j’ai rencontré Toma de Matteis, le producteur qui a lancé cette série. J’ai discuté avec lui et il m’a demandé si le rôle me convenait et évidemment j’ai accepté.

E: Tu te vois interpréter ce rôle encore longtemps ? Les allers-retours à Montpellier ne sont pas trop fatiguant ? 

I : Forcément c’est fatiguant je prends le train un peu trop souvent à mon goût mais en même temps c’est un peu ça la vie de comédien. Quand tu bosses, tu dors dans les hôtels et ton bureau c’est le train et tu vas de plateau en plateau et de festival en festival.

E : Parle nous de cette expérience ?

I : Ça m’a apporté énormément, on ne se rend pas compte à quel point il faut être efficace et rapidement efficace. Typiquement j’avais fait beaucoup de théâtre avant d’intégrer cette grosse production et je me souviens notamment de mon 2ème jour de tournage. Le réalisateur de la série était là, c’était la première fois que je rencontrais mes partenaires, je connaissais mon texte bien sûr mais on avait pas vraiment répété avant. Alors que dans mes anciennes expériences j’avais l’habitude qu’on répète 150 fois, qu’on ré-ajuste, c’était millimétré. Et là je suis arrivé, il y avait le réalisateur, 50 figurants, 2 caméras et on m’a dit « ok super ça tourne » et moi je me suis dis « ok on peut pas faire une répète … ». Puis il y a une pression aussi, la série est vu par 4 millions de personnes.

E : Qu’est ce que ça t’as apporté de jouer dans une grande production comme celle de France Télévision ?

I : C’est une superbe « école » où on apprend à être efficace très rapidement puis c’est quelque chose où tu arrives sur le plateau et il faut que tu sois resplendissant. Tu ne peux pas te permettre d’être malade, fatigué … c’est un truc où tu apprends à être là, quand il faut au moment où il faut !

Puis après sur d’autres tournages, des réalisateurs m’ont dit « Merci ça fait plaisir de travailler comme ça, tu vas vite, tu sais te mettre en lumière ». J’avais travaillé avec un chef opérateur qui m’avait dit « Merci c’est tellement agréable de bosser avec toi, parce que tu arrives à chopper le créneau pour avoir la lumière que j’ai mis en place, pour que tu sois bien dedans ». Ce rôle m’a apporté aussi une notoriété publique. C’est pour ça que vous m’interviewez là (rires). Je me fais reconnaitre dans la rue, c’est quelque chose de bizarre au début mais assez agréable.

Et évidemment j’ai d’autres projets que j’ai réussi à avoir grâce à Un Si Grand Soleil !

E : Tu reviens du festival Séries Mania et du festival de la fiction de La Rochelle pour la promotion de la saison 3 « Les Engagés » où tu tiens le rôle principal. Tu peux nous en dire plus ? 

I : C’était incroyable, j’avais un personnage tellement cool ! Après je ne dois pas trop spoiler. Il y a une scène charnière qu’il faut pas que je vous raconte mais en même temps c’était la scène la plus folle (rires). Le personnage que j’interprète s’appelle Anzor Volkov, c’est un mec ultra engagé pour la cause LGBT qui essaye de défendre ses droits c’est un mec qui en veut très présent poétiquement. Mais le problème c’est qu’il est Tchétchène et en Tchétchénie on aime pas beaucoup les homosexuels. Il y a des camps de concentrations qui ont été crées pour les homosexuels. Du coup ce Anzor il a réussit à s’échapper des camps et il a été réfugié en France, il continue d’essayer de transmettre aux gens de son pays comment fuir, comment éviter certains lieux dangereux. Et c’est là qu’il rencontre l’équipe des Engagés lorsqu’il arrive à Lyon. Un soir alors qu’il demande à Thibault (Eric Pucheu) de l’accompagner chez lui pour un dossier administratif, il est attendu chez lui par deux mecs qui parle russe et qui essaye de le tuer. Alors qu’il est en France à Lyon, et là tout commence. J’en dis pas plus mais le personnage est extrêmement intéressant. Ce personnage est très éloigné de moi, j’ai du travailler sur l’accent français.

La série est incroyable, elle change de format par rapport aux deux premières saisons qui sont en 10 épisodes de 10 min, la saison 3 c’est 3 épisodes de 45 min. C’est quasiment un long métrage, ça part en intrigue politique, ça parle de violences policières, de fake news, c’est un thriller politique. Je conseille à tout le monde de la voir sur France TV Slash  !

E : Tu travailles également sur d’autres projets notamment la série « Réplique » d’Eliot Charpentier, comment s’est passé cette rencontre ? 

I : C’est le pilote d’une potentiel future série réalisée par Eliot Charpentier que j’ai rencontré il y a quelques années. On a enfin eu l’occasion de travailler ensemble. C’était trop cool ! C’est un groupe de jeunes qui font de l’air soft de manière quasiment professionnel et ils sont déguisés en membres du GIGN. Un beau jour des gens viennent les chercher, ils sont en tenues de civil et mon personnage décide de leur mettre un coup de pression alors qu’il est encore habillé en membre du GIGN. C’est beaucoup d’action. Personnellement je me suis jamais senti aussi badass à l’écran !

E : Tu enchaînes les tournages, est-ce tu aimerais interpréter un personnage que tu n’a encore jamais joué ? 

I : Il y a en pleins, j’aimerais bien jouer dans un gros thriller comme James Bond (rires).  Je peux faire que ça interpréter des personnages différents, j’en suis qu’à mes débuts. J’ai tourné dans une série dans laquelle je joue un personnage singulier (j’ai pas le droit d’en parler) qui n’a encore rien à voir avec tout ceux que j’ai fait avant.

E :  Par rapport à tous les tournages que tu as joué, est-ce qu’il y en a un qui t’as marqué en particulier ? 

I : Chaque tournage à ses anecdotes, typiquement Réplique à un moment on était entrain de tourner dans une cave, un des acteurs sort fumer une cigarette dans la rue avec son costume de membre du GIGN. Forcément il y à des flics qui s’arrêtent pour savoir ce qu’il se passe. On leur explique que c’est pour un tournage, et ils sont venus voir le plateau de tournage par curiosité. (rires)

 

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Une autre expérience de tournage avec le film « Unter Storm » (réalisé par Clemens Roth) en français « Sous Tension », c’est un film allemand et le réalisateur est autrichien. Une partie de l’équipe était française l’autre était allemande, mais il y avait aussi une équipe espagnole et une russe donc on parlait anglais sur le plateau. On a tourné dans une carrière qui représentait l’Ukraine. Pour ce film j’ai reçu ma première statuette au festival New Renaissance Film Festival en tant que meilleur acteur.

E : Tu réalises également des courts métrages comme AVI en 2021. Qu’est-ce qui t’as donné envie d’être derrière la caméra ? 

I : C’est l’inverse j’ai d’abord été derrière la caméra et puis en me disant comment bien travailler derrière la caméra que je me suis dis qu’il fallait que je passe devant voir comment ça se passe pour les comédiens. Ma première volonté c’était d’être réalisateur pour pouvoir guider les comédiens, c’est quand même la matière première d’un film. C’est pour ça que j’ai commencé à jouer.

Concernant le court métrage AVI, il raconte l’histoire de Thomas un mélomane qui a une collection incroyable de vinyle, c’est un mec gentil même un peu trop. Un beau jour il récupère le vinyle qui est le joyau de sa collection et il va vouloir l’écouter sauf que l’univers va se passer le mot pour lui faire passer sa pire journée. Il y a une succession de personnage très étranges, c’est un peu une comédie noire. Le film est encore en post-production, j’attends la réponse des festivals. C’est un court métrage qui ne sera pas forcément visible du grand public à moins qu’il passe à la télévision ou sur les plateformes. On verra !

E : Est-ce que cette expérience de tournage, te donne envie de réaliser des longs métrages  ? 

I : Bien sûr, je me rodais sur celui-là, le prochain sera un long mais ça coûte beaucoup d’argent, c’est compliqué de l’auto produire. Pour mon court métrage l’équipe était bénévole. Quand tu t’engages une semaine sur un petit projet c’est pas la même chose que de s’engager 3 mois sur un grand projet. J’ai un scénario qui est en cours d’écriture et j’espère pouvoir démarcher les festivals dans 1 ou 2 ans.

Il fait 18 min c’était 5 jours de tournage, c’est beaucoup, y a 6 mois de préparation donc 1 mois et demi plein temps. C’est pas fini, il reste toute la post-production environ 8 jours de montage, puis la composition des musiques, le mixage et l’étalonnage encore 1 mois et demi de travail.

E : Enfin des exemples de films / réalisateurs qui t’ont donné envie de te lancer dans le cinéma ? 

I : Mon film préféré pendant longtemps ça a été « Snatch » de Guy Ritchie, je l’ai regardé au moins 15 fois quand j’étais petit, c’est un film qui m’a beaucoup plu, j’aime beaucoup le rythme. Puis « Orange Mécanique » c’est une énorme claque pour moi, j’adore Kubrick et la polyvalence qu’il a dans chacun de ses films, à chaque fois dans un genre différent avec une histoire complètement différente. Aussi le film de Clint Eastwood « Un Monde Parfait » et récemment « The Square », « Le Conte de la princesse Kaguya » et « Matrix ». Ce qui m’inspire dans le cinéma c’est le fait que ce soit une oeuvre, c’est une dissertation philosophique et sociale que tu ne racontes pas avec des mots ni des arguments écrits mais avec des émotions.

E : En tant que spectateur quel est le dernier film qui t’as marqué ? 

I : Tout le monde en parle mais j’ai adoré « Dune » c’est d’ailleurs un de mes bouquins préféré. Ce que j’ai aimé dans la proposition de Denis Villeneuve c’est l’amour qu’il avait pour le livre et sa volonté de le retranscrire de manière authentique. L’amour de cette histoire, de ces enjeux, cette intrigue politique.

Mon autre coup de coeur c’est « Les Olympiades » de Jacques Audiard. Je l’ai vu en avant première pendant le festival d’Angoulême. Le film se déroule dans le 13ème arrondissement de Paris. Il parle des relations amoureuses et de leur complexité de nos jours. Les personnages sont perdus avec sincérité et c’est très touchant.

Merci à Ishtvan Nekrasov d’avoir pris le temps de nous rencontrer. Retrouvez Ishtvan sur Instagram et dans la nouvelle saison « Les Engagés » !