Musique

GLORIA : le girl band qui nous transporte dans les sixties

Dis-moi EMIE, Gloria c’est qui ?

En écoutant Gloria, on a l’impression d’être transporté directement dans les sixties et de retrouver ce vent de liberté qui nous manque tant. Le groupe est composé d’un trio de chanteuses fondé par Kid Victrola, qui nous ensorcelle avec leur nouvel album sorti le 5 mars dernier. Nous avons voulu en savoir plus sur leurs influences marquées par les 60s, leur nouvel album « Sabbat Matters » , leurs inspirations pour l’écriture de ce nouvel album et leurs meilleurs souvenirs de concerts !

E : Tout d’abord pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ? 

G : Nous sommes Gloria un groupe de rock psyché, avec la particularité d’avoir trois chanteuses lead qui chantent en harmonie, à la manière des girls group sixties.

E : Vous avez sorti votre 1er album en 2017, pouvez-vous nous en dire plus sur la création du groupe ? comment vous êtes vous rencontrées ? 

KID VICTROLA : Au départ il s’agit avant tout d’un projet de disque car j’avais en tête depuis longtemps de mêler harmonies vocales et son rock sixties. Pour ce faire j’ai fait appel à Baby B, ma soeur avec qui je chantais dans un duo country, et à la chanteuse Wendy Martinez.

Avec Josselin Varengo, batteur, on a enregistré des maquettes puis le studio Kerwax en Bretagne nous a proposé de finaliser un album.

Donc il n’y avait même pas forcément d’idée de groupe scénique au départ, mais suite à l’enregistrement de l’album et l’intérêt d’Howlin Banana, on a décidé d’étoffer le groupe pour pouvoir jouer live et la chanteuse Amy Winterbotham et le bassiste Thomas Cortay nous on rejoint pour les premiers concerts… Par la suite Baby B a été remplacé par la chanteuse Marie-Louise Bourgeois pour l’enregistrement du 2ème album

E : Vous êtes influencées par le rock 60’s, psyché, quels groupes/ artistes vous inspirent en particulier ? Et d’où viennent ces influences ? 

KID VICTROLA : Le rock sixties, c’est ma culture et ma principale influence depuis que je suis tout petit.

Rolling StonesSmall FacesPretty ThingsTroggs etc..dans un premier temps, et puis en fouillant les bacs à disques, cela m’a ouvert à tout le reste : blues, country, soul, gospel, funk, jazz, free, musiques de films, musique brésilienne, et encore plus récemment, toute l’explosion de rééditions de pop musique du monde entier : Afrique, Asie; Amérique du sud etc etc… sans compter la découvertes de musiques traditionnelles du monde entier… Au final on pourrait presque dire « musique du 20 ème siècle » du monde entier.

Lors de mes découvertes, le phénomène Girl group américain du début des années soixante m’a particulièrement marqué car il mêlait pleins de choses : de la sensualité, des harmonies vocales héritées du gospel, du doo-wop et même de la country, sur des productions parfois complètement folles comme avec Phil Spector, mais toujours au service de quelque chose de très pop, au sens populaire et accessible. Quand ces musiques de consommation de masse se transforment en art dégénéré, parfois à leur insu, je trouve ça d’autant plus touchant et excitant…

Et de manières générale je suis fasciné par les chants en chœur et l’humanité qui s’en dégage

E : Vous avez choisi comme nom pour votre groupe « Gloria », ça nous fait penser à la chanson de Van Morrison « Gloria » ou encore celle des Doors, est-ce que ce sont des artistes qui vous inspirent ? 

KID VICTROLA: Oui, oui, la référence va directement à Van Morrison qui est le compositeur de ces trois accords qu’absolument tout le monde a put s’approprier. C’est la pierre angulaire et démocratique de tout le rock garage. Il y a aussi une version de Patti Smith dont Wendy est particulièrement fan…

E : Votre nouvel album s’intitule « Sabbat Matters », et évoque comme thème principal le Sabbat, pourquoi ce choix ?

KID VICTROLA: J’ai lu il y a quelques années un bouquin du genre : « Les idées reçues sur le moyen-âge » …En parlant des procès en sorcellerie du 16ème siècle, l’auteur décrivait les sabbats des sorcières comme n’étant probablement que des fêtes paysannes avec des résidus de culture païenne, des moments de lâchage en rase campagne, un peu secrets, en faisant l’analogie avec les raves-parties actuelles. Où l’on se servait de son corps et des plantes mises à disposition par mère nature.

J’ai bien aimé cette analogie, en me disant qu’a toute époque on cherchait finalement la même chose. Dans Gloria on mêle les voix, sans chant lead précis, avec l’idée de noyer un peu l’individu dans le collectif… Chanter dans une chorale à été pour moi une sensation de me fondre avec les autres. Donc j’aime bien cette idée de rite de rassemblement. Ensuite évidemment la figure de la sorcière en tant que personnage féminin libre et enchanteur avait toute sa place dans Gloria…

Sans parler de l’utilisation des plantes…

E : À travers cet album vous revendiquez la célébration de la vie, de l’amour et du rassemblement, en opposition avec notre vie actuelle, comment vous arrivez à garder le moral ?

KID VICTROLA : Ben en faisant des disques, de la musique, et en fantasmant de grandes orgies de musiques estivales, le jour où on pourra retourner faire des concerts…

E : Concernant l’écriture de vos chansons vous écrivez toutes les 3, d’où puisez-vous votre inspiration?

AMY : C’est Alexis (Kid Victrola) qui a les idées de textes pour les mélodies et couleurs qu’ils compose, on valide si on se retrouve dans les paroles. On raconte parfois des histoires, parfois ce sont des sensations et les émotions, et l’ensemble d’un point de vue féminin et souvent féministe.

MARILOU : Pour ma part j’ai pas écrit grand chose mais plutôt soutenu le processus d’écriture en suggérant des mots, des images par-ci par-là, et en insistant pour qu’on garde certaines idées inspirantes et réjouissantes telles que l’eau sacrée, dite éjaculation féminine!!! Ce seul texte suffit pour que je m’y retrouve hahaha!! C’est une belle source d’inspiration n’est-ce pas?!?

WENDY : Oui, sur les trames que nous propose Alexis, on brode galactique, force de femme, peur (ou envie) de l’effondrement, souvenirs du passé aussi…

KID VICTROLA : Personnellement je viens avec des thèmes, qui de toute façon sont liés dans ma tête avec les mélodies et les ambiances des morceaux. Je pose quelques phrases, et ensuite c’est très important pour moi que les filles bossent dessus car c’est elle qui vont les chanter. Je veux que le sens, et les sonorités, leur aille, les émeuve aussi. J’ai un peu l’impression d’amener une pâte à modeler, et elles viennent triturer ça pour que ça leur ressemble. Et elles font aussi un sacré boulot pour construire les harmonies.

Ensuite il y a le bureau d’approbation britannique, en la personne d’Amy, qui re-bosse sur les textes pour faire en sorte qu’ils soient english correct, et qu’ils « sonnent » juste, car de notre point de vue francophone, on ne se rend pas forcément compte que la phrase « géniale » qu’on a trouvée en anglais, sonne complètement con pour un anglophone.

E : Votre album traite de sujets d’actualités, quel message souhaitez-vous transmettre en particulier ?

AMY : Ce sont des sujets traités depuis longtemps. On choisit d’entendre l’actualité dans les paroles si on veut.

MARILOU : Moi je crois que je suis contente de pouvoir jouer mon rôle de sorcière à fond, rappeler qu’on est toujours là, pleines d’amour et de rage !! Alors un message ça pourrait être « les petits chats faites gaffe nos éjaculats sont hyper puissants !! »

WENDY : Bien sûr oui, il y a cette nécessité du sabbat et de l’amour (Albert Ayler disait « Music is the healing force of the universe », bien d’accord avec lui), malgré une peur du monde (comme dans « Global Warning ») qui nous invite peut-être à une vigilance, une attention plus accrue.

E : Les concerts lives nous manquent de plus en plus, quel est votre meilleur souvenir de concert ? 

AMY : Freydefond Festival en Haute-Loire;  à la Motte aux Cochons près de Nantes, le lendemain des Transmusicales ;  la Tannerie à Bourg cette année entre confinement et puis chez des vignerons en Italie, Le Melodymaker à Rennes… Cette question est trop large – différentes raisons pour les superbes énergies à chacun de ces endroits.

WENDY :  Sans hésiter le Freydefond festival, quand, après une invitation au slow, tout le monde s’est réuni pour faire une étrange chenille géante se déplaçant très lentement, un truc assez étonnant et psychédélique…. Un exemple de symbiose animale surprenant, c’était beau !

MARILOU :  Mmm, pour moi tous les concerts sont bons à prendre même les plus mauvais, mais je garde un souvenir ému de ce concert merveilleux qu’on a fait le jour où les gens, le peuple, on repris leur pouvoir et ce sont autoproclamés enfin les seuls maîtres de leur destinées… Plus de frontières, plus de pays, plus de mecs insupportables qui dirigent le monde comme on joue au poker, ou comme on nettoie un jardin au carsher, plus de colons de l’espace et de toute la terre!… Et puis les dinosaures étaient de nouveau là, et des petits chevaux de 3 kilos, on dansaient toutes et tous, nus et lavés de nos pêchés, c’était beau !…

KID VICTROLA : Je dirais le Bush Hall à Londres, salle de répète historique des Who dans les sixties, avec à la clé les compliments de Youth, le bassiste de Killing Joke. Ca c’est des journées qui me vont bien.

E : Quels sont vos coups de cœur musicaux du moment ?

AMY : La musique de sport des années 80 playlist work out que j’utilise pour mon exercice de confinée le matin – très joyeuse et motivante.

MARILOU :  Alors moi en ce moment je dirais BCUC, un groupe sud-africain trop génial que j’aime follement pour son énergie, sa puissance et son authenticité de ouf et que je vais me ruer d’aller voir en concert dès que possible. Et aussi SOURDURE, dont je sais pas grand chose à part que le mec chante en Occitan et en Auvergnat, et que j’adore ce mélange entre musique trad et sons tous bizarres et tout droit sorti du futur, ça fait une pâte un peu biscornue et un tapis de petites montagnes tout à fait délicieux pour danser comme une freaky sorcière!!

WENDY : J’avoue avoir beaucoup saoulé Alexis à la maison avec Christophe, surtout les premiers albums (chanson sublime : « La petite fille du troisième »). Et puis j’ai écouté pas mal de Manset récemment, et découvert avec joie son premier album.

KID VICTROLA : La musique Ngoyane du Sénegal. Des meufs qui chante en chœur en faisant les percussions sur des calebasses ou des bassines. C’est beau, hypnotique, ça gueule ! Encore des harmonies vocales !

E : Enfin qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

AMY : Qu’on peut jouer devant les gens qui ont le droit de danser ensemble, se toucher et faire les câlins dans une extase musicale.

MARILOU : Pour moi, toujours plus de libération et de révolution, et c’est ce que je souhaite à tout mon entourage, et qu’on ouvre vite vite les fenêtres en grand !!

WENDY : Liberté!! Et tourner, bon dieu, tourner à nouveau.

KID VICTROLA : Un Marshall 18w TMB.

Merci beaucoup aux membres de Gloria d’avoir pris le temps de répondre à nos questions ! 🙂

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