Musique

KEVBER : un DJ pluridisciplinaire entre hip-hop et techno

Dis-moi EMIE, KEVBER, c’est qui ?

KEVBER est un jeune DJ curieux et habité par la musique qui a su se démarquer avec ses sets chargés en émotions et en partage ! On vous laisse découvrir !

E : Peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

K : Salut je suis KEVBER ! DJ pluridisciplinaire ! J’ai mixé dans plein d’endroits différents, plein de styles différents toujours entre le hip-hop et la techno, et j’essaye de faire de cette pluralité une force.

E : Quand et comment est née cette passion pour la musique et plus particulièrement l’électro ?
K : Je n’aime pas trop le mot passion. Cela implique la déraison, et je crois que les excès ne sont jamais bons, cela dit… vous avez peut-être raison.
C’est né très jeune chez moi. Mes parents étaient de grands fêtards. Quand j’étais môme, à 10/12 ans, leur meilleur ami m’avait prêté des CD Méga Mix de Laurent Garnier, Surgeon, et d’autres. A l’époque je rentrais, je les mettais sur ma chaîne hi-fi, et c’était parti.  Je ne comprenais pas encore trop cette musique. C’était étrange. J’écoutais quasiment que du rap ou de la variété à l’époque. Je trouvais ça chelou, en plus sans système son adapté, sans basses, c’était bizarre, mais qu’est ce que j’aimais ça ! C’était un style nouveau pour moi, plein de couches différentes, subtil, et qui se savoure sur la durée !
Petit à petit, je me suis ouvert sur une multitude d’autres styles. Et vers mes 20 ans, des amis à moi ont commencé à créer leurs sound-systems pour pouvoir organiser les soirées qu’ils ne pouvaient pas avoir, faute de clubs pointus. Et là, j’ai commencé à mixer de la psy-prog, psy-trance. Depuis, le mix, ça ne m’a jamais quitté. La musique électronique aussi, avec une évolution dans les styles fidèles à mes humeurs et mes moods. Globalement on peut dire que mes domaines phares maintenant sont : le rap avec artiste, et la House / Disco House, Techno / Techno Rave 90s et Tech-House bien frappée pour ce qui est de mes mixs en solitaire.

 

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E : Tu as été influencé par la culture Hip-hop mais cela ne t’as pas empêché de voir plus loin. Pour toi il était important de ne pas t’enfermer dans un style en particulier ? 
K : Exactement ! J’ai toujours été très curieux d’une manière générale. En musique, comme dans la vie, et ça se retrouve. Gamin, j’aimais écouter plein de choses, peu importe l’étiquette, peu importe que ça ai l’air ringard ou a la mode, du moment que la musique me touchait.
Dans mes mix c’est pareil, j’adore le rap, pourquoi je devrais m’interdire d’en mixer ? Il paraît que si l’on est bon partout, on est bon nul part. Peut-être, mais j’aime pouvoir faire passer des émotions à travers la musique. Tout type d’émotions, de ressentis, et ça ne peut se limiter qu’à un seul style, à mon sens !
Je trouve en plus, que les cultures, même au-delà de la musique, sont trop souvent opposées à tort. Comme au collège ! T’avais les groupes de potes qui écoutaient plutôt du Rock, les autres plutôt du Rap, etc… Alors que ces cultures peuvent s’apporter mutuellement. Je les ai toujours mélangés et ça s’est confirmé ces dernières années avec des mecs comme XXXtentacion qui faisait du rap avec des éléments Rock ! C’était impensable il y a 15 ans, quand tu skatais et que des mecs venaient t’emmerder car t’étais un rockeur ! Ça n’existe plus maintenant ça, ou beaucoup moins. Je me souviens même qu’il y a un moment le rappeur français Salif, avait mit un skateur dans un de ces clips, je me souviens que j’avais été surpris tant c’était osé à l’époque.
Pareil, pour la musique électronique, Youv Dee a déjà rappé sur des instrumentales de DJ Weedim très très très électroniques ! Un son qui sans Youv Dee pouvait passer dans des sets techno ! C’est dingue ! Et à la fois normal. Les étiquettes c’est beaucoup trop réducteur. Comme cette opposition qu’il y a pu avoir à un moment entre les DJ Hip-hop et techno, on la voit beaucoup moins. C’est tellement plus riche de se considérer tous comme des passionnés de musique, plutôt que de nous juger les uns et les autres !

 

 

E : Tu as notamment suivi le chanteur-rappeur Tsew The Kid en tournée. C’était la première fois que tu partais en tournée avec un artiste ? Comment l’as tu rencontré et qu’est ce que cela t’as apporté ? 
K : Oui c’était la première fois ! C’est même avec Tsew que j’ai fait ma première scène ou je ne mixais pas uniquement pour moi. Dans le sens ou, tu es le support de l’artiste, la pression est vraiment différente !
On a grave bien matché, j’ai beaucoup aimé son investissement, sa vision de la musique, son implication dans le travail, et c’est naturellement qu’on a continué les tournées ensemble
J’ai eu très peur au début, je n’avais jamais mixé sur scène avec des personnes qui chantaient ou rappaient. Je me souviens encore de cette première date, c’était avec Nubé et La Division au Flow, pour Emerganza. Merci encore Hector de m’avoir aidé à y croire !
C’est un truc de fou, les mecs je les avais jamais vu de ma vie, on se voit deux jours avant, on fait une répétition méga bancale dans un mini studio, qui dure une heure. Tout est serré, mais merde, il fallait se lancer ! Toutes les émotions ressenties sur scène en ont largement valu le coup ! C’est une dimension vraiment différente que les DJ Sets seul, devant ton public, ni mieux ni moins bien, juste différent !
La magie, c’est que même après des dizaines de concert avec Tsew, j’avais toujours ces frissons sur scène pendant certains morceaux. Je ne pouvais pas rêver mieux car sa musique me parle vraiment. Je me retrouve dans quasiment tous ses morceaux, sa musique me parle droit au cœur, et accompagné un artiste qui te touche à ce point, tu ne peux pas rêver mieux, c’est sûr !
Cette tournée m’a apporté vraiment beaucoup, beaucoup de rigueur. Avant c’était pas mon fort. J’étais toujours un peu trashy dans mon organisation et celle de mes mixs. Ça marchait quand-même. Je pense que c’est parce que je jouais avec passion et amour, et les gens y étaient réceptifs. Mais là, avec Tsew, tout était très organisé, et j’y ai pris goût. Ça n’a rien à voir ! Depuis, je me suis vraiment professionnalisé dans l’organisation de mes dates, même s’il y a encore un peu de travail ;).

 

 

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E : Pendant le premier confinement tu as fondé, aux cotés de Pavel Sokolov, un collectif musical nommé Côte D’Usure. En quoi ce collectif est différent des autres, qu’est ce qui vous a poussé à lancer le projet et de qui est composé ce collectif ? 
K : A l’image de mes mixs, et de mon engagement général, il n’y avait pas réellement de collectif qui mélangeait les « étiquettes » de style. Avec mon pote Pavel, on a la même passion de la musique en général, on est comme un double dans la vie, et donc aussi dans cette aversion des étiquettes. C’était un simple constat. Quand on voulait sortir, il n’y avait pas de vrai mélange. On ne trouvait pas de soirée ou tu pouvais écouter de la funk, du rap, et finir sur de la house par exemple. Franchement, quand tu bouffes 6h de trap, il y a un moment où tu satures. C’est bien d’avoir des nuances, des changements. C’est plus riche d’être confronté à des gens que tu n’as pas l’habitude de voir. Si tu sors que en soirée rap, ou techno, c’est un peu redondant, bien que très cool. En mélangeant les genres, tu mélanges les gens, les rencontres, tu t’enrichis musicalement et humainement !
Alors on s’est dit qu’on créerait ces soirées car ça nous manquait. Mais pas uniquement, on a voulu aller plus loin. Cote d’Usure, c’est donc un collectif ouvert (dès que tu as joué pour nous, tu en fais partie, c’est illimité !), qui donne la parole à tous. Tant que l’univers est bon, comme l’humain. Ça prend donc forme avec des lives de DJ (peu importe leur style), systématiquement suivis d’une interview de l’artiste. Ça aussi, il n’y en avait pas ! Je suis un gros consommateur d’interviews, j’adore ça ! Je peux en bouffer des heures. Mais sur les DJ t’as jamais rien ! A part le haut du panier. Contrairement aux chanteurs où c’est très ouvert, personne n’a jamais fait ça pour les DJ, donc on l’a fait, tout simplement.
Et pour ceux qui nous demanderaient pourquoi Côte d’Usure ? Parce qu’on était usés de ce schéma toujours similaire au niveau de la musique, et qu’on a voulu créer notre côte d’azur à nous, loin de tout ça, et proche de nos rêves, la Côte d’Usure !

 

 

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E : Votre première soirée avec ce collectif a eu lieu quelques mois après, qu’avez vous ressenti ce soir là et qu’est ce que vous retenez de cette première expérience ? 
K : C’était incroyable ! Sur la soirée on a dû avoir plus de 100 personnes ! J’y croyais pas ! C’était la consécration de nos mois de travail sur la découverte de ces artistes, et ça a vraiment bien fonctionné ! Le mélange qu’on aime tant, a fonctionné ! Je n’avais jamais vu ça ! Tu avais sur la même soirée, tous types de personnes réunis. Des personnes issues de la culture rap, d’autres de la culture techno rave, des personnes de la mode, des skateurs, dans danseurs hip-hop, des passants, et il y a même mon équipe de potes d’enfance originaires du village d’où je viens, Ernée, qui sont venus me voir ! C’est à plus de 300 bornes ! Surprise ! C’était grandiose !

E : En parlant du confinement, toi qui est habité par le fait de proposer de la musique aux gens lors d’événements pour leur provoquer des émotions ça doit être une période frustrante pour toi. Tu avais déjà créé le concept  « J’irai mixer chez vous » pour pallier à ce manque. Là aussi c’était un nouveau challenge pour toi, tu peux nous en parler ? 
K : C’est très frustrant. Il y a plein de DJs qui font des lives de chez eux, et c’est paradoxal car avec Côte d’Usure on produit du live, mais perso, moi, j’en ai même pas envie. L’intérêt du mix pour moi, ça a toujours été l’échange. Ça ne sert à rien sans ça, sinon je me mets une playlist chez moi et ça revient au même. Vraiment, mixer, c’est donner. Et recevoir. Recevoir le sourire des gens, leur présence, leurs pas de danse. C’est incroyable. Vraiment.
J’ai fait un live chez moi pendant le premier confinement. Et franchement, j’étais grave déçu. J’ai retrouvé presque aucune sensation de ce que j’aimais. Je me suis dit que je pouvais peut-être trouver un entre deux, et j’ai lancé J’irai mixer chez vous!
Pourquoi j’irai pas mixer chez des gens, que je connais ou pas, et qui veulent un vrai DJ, chez eux, pendant une heure ou deux, plutôt qu’un live set sur Youtube ?
L’idée c’est en même temps, le retransmettre en direct sur Facebook ! J’arrive avec mon contrôleur, ma caméra, et je m’immisce dans leur soirée. Eux font la fête, continuent à boire leurs verres, danser, et moi je joue pour eux. Je m’invite vraiment à mixer chez eux !
J’ai sorti ma première vidéo, et la deuxième arrive bientôt. C’était vraiment génial. Pour tout vous dire j’avais grave la pression avant de démarrer. Comme sur scène, et c’est ça que j’aime dans le mix. La pression, le premier morceau, le premier enchaînement, les premiers sourires. Ça m’anime vraiment, juste d’en parler, je ressens plein d’émotions, c’est dingue !

 

 

E : As-tu des titres à nous faire découvrir ce mois-ci par exemple ?
K : J’en ai plein ! J’ai trouvé le nouveau morceau de Rhoff – Saturne, vraiment dingue ! Du grand ROHFF ! Pas de refrain, du rap, ça kick vraiment fort !
En ce moment j’écoute aussi à fond Francis Cabrel, pfiou, dingue ! Je t’aimais, je t’aime, et je t’aimerais.
Je suis un grand amoureux, de tout, de la vie, des gens. Ça me ressemble tellement.
Niveau musique électronique, Jamie XX – ALl Under One Roof Raving. Incroyable, ce mélange de sonorités, ça prend au tripes !
Et pour être un peu plus percutant, petite balle du moment je dirais Umek – Predator !
Un bel échantillon de ce que je peux écouter chez moi !

E : Pour la suite, malgré les conditions, quels sont les projets qui t’attendent ? Il y a quelque chose que tu aimerais réaliser dans l’année à venir par exemple ? 
K : Il y en a tellement !
La vie est un projet ! Bien sûr les scènes c’est un peu mort là… Mais je risque de reprendre avec en plus deux nouveaux artistes que j’accompagnerais sur scène dès que ce sera possible. Avec Côte d’Usure on pousse le délire à fond aussi, on essaye vraiment de donner un accompagnement aux DJs, de les faire connaître, de les aider à grow up. Pas juste un collectif banal qui diffuse des podcasts sans réel but !
J’irai mixer chez vous, je vais continuer à m’inviter chez les gens et à diffuser des sets.
En 2018 j’étais jury du Lab Festival, cette année j’encadrais les jurys. Avec le COVID on a été coupé en plein élan, mais j’ai hâte que ça reprenne pour continuer à animer ce projet vraiment incroyable ! C’est le plus gros tremplin de DJ français ! En plus je bosse avec Floxyd et BenMaster dessus, un DJ que j’affectionne, c’est un réel plaisir !
Et si on veut aller encore plus loin, j’ai des tonnes d’autres projets de mix. « Artist mixtape », c’est des mix où je joue mon best of d’un artiste par exemple. Je kifferais en faire un sur Tsew, un sur Sinik, un sur Laurent Garnier et plein d’autres !
J’ai un mixe de « freestyle » qui est dans les tuyaux aussi. J’ai découvert ce style pendant le confinement c’est incroyable ! C’est une sorte de pop dance, qui mélange disco, boyz band, hip hop, ça vient des années 80, des USA, c’est incroyable !

Merci à Kevber d’avoir répondu à nos questions 🙂
Retrouvez-le sur Instagram @kevin.berard.dj et Soundcloud !