Art & Photographie Mode

ANTOINE BEDOS : La mode vue autrement

Dis-moi EMIE, Antoine Bedos, c’est qui ?

Antoine Bedos est un photographe et filmmaker qui s’est spécialisé dans la mode. Il nous parle ici de son parcours, sa vision de la photographie, les difficultés à se faire un nom dans ce milieu et de ses projets. On vous laisse découvrir !

E : Peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

A : Je m’appelle Antoine Bedos, je suis né dans le sud de la France à Toulouse et j’ai bientôt 29 ans. Je suis Photographe et Filmmaker. Je vis dans le 18 ème arrondissement de Paris et j’ai une petite fille de cinq ans.

E : Comment t’es venue cette passion pour la photo ?

A : J’ai eu la chance de venir d’une famille qui était tournée vers l’art et la culture de manière plus globale. Mon père était peintre à la fin de sa vie et un de ses frères était photographe portraitiste. Il était tout naturel pour moi de vouloir exercer un métier artistique. J’avais la preuve sous les yeux que ce mode de vie était possible. Qu’il permettait certainement de se réaliser personnellement plus que tout autre métier.

J’ai donc fait des études d’Arts après mon bac littéraire, deux ans à l’Université de Toulouse II Le Mirail en Licence d’Arts Plastiques où j’ai plutôt été confronté à l’idée de mettre des mots sur des projets. Ensuite j’ai réussi le concours des Beaux-Arts que je tentais pour la seconde fois. J’ai donc intégré l’Institut Supérieur Des Arts de Toulouse où j’ai étudié un an seulement avant d’arrêter complètement mes études. Cette expérience m’a surtout permis d’expérimenter différents médias au sein de l’école. Voilà pour mon parcours scolaire.

Pour ce qui est de mon cheminement personnel, j’ai commencé la photographie très jeune, à sept ans en apprenant avec mon oncle les techniques rudimentaires du studio d’un portraitiste ainsi que le labo noir et blanc. Comme tout enfant, cette passion m’est vite passée pour laisser la place à bien d’autres.

 

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J’ai ensuite fait de la peinture tout au long de mon lycée. En prenant exemple sur mon père jusqu’à ce que je m’aperçoive que je n’arriverai pas à me détacher de son travail et de sa manière de peindre, d’envisager la couleur. Je me suis donc remis petit à petit à la photo pendant mon cursus universitaire. Je sortais la nuit dans Toulouse pour prendre des photos d’architecture.

Après ma sortie des Beaux-Arts je me suis retrouvé confronté à mon envie de continuer de créer. Je me suis donc proclamé artiste et j’ai commencé à créer. À l’époque je travaillais la photographie avec une approche de peintre. Je faisais de la création numérique. Je travaillais sur le rapport entre l’architecture moderne et contemporaine et le corps féminin. Entre la ligne droite d’un bâtiment et la courbe d’un corps de femme. J’ai réalisé plusieurs expositions de ce projet, à Toulouse, dans les corbières et à New-York. J’ai ensuite déménagé avec ma compagne de l’époque (la maman de ma fille) en région Parisienne. Nous sommes arrivés en Septembre 2014 à Ivry-Sur-Seine. Ce choix était pour moi crucial, je voulais me développer en tant qu’artiste et quoi de mieux qu’une capitale pour grandir.

E : Peux-tu nous raconter tes débuts dans la photographie de mode et les raisons pour lesquelles tu t’y es consacré ? Comment se faire une place dans ce milieu ?

A : Arrivé en région Parisienne, j’ai été très vite confronté à un milieu de l’art que je ne connaissais pas du tout. Un milieu très élitiste qui me fermait toutes les portes au nez, refusait de croire en mon travail d’artiste ou même refusait pleinement de me recevoir. J’ai donc écumé les annonces dans les journaux, sur internet pour trouver du travail, des opportunités et j’ai commencé de manière sporadique à assister une amie photographe de mode (Dorothée Murail) sur des projets éditoriaux.

J’ai assisté occasionnellement d’autres photographes que j’ai contacté via Facebook comme Camille Vivier sur un projet de couverture d’album shooté partiellement à Ivry-Sur-Seine, le duo Suzie et Léo qui avait un studio à Ivry. C’est en les assistant que je me suis rendu compte de toutes mes lacunes. Que se soit en matière de technique de studio et d’éclairage. Je ne connaissais pas du tout le métier de photographe de mode. Il était à cet instant précis très éloigné du travail d’artiste dans mon esprit.

Sous les conseils de Suzie et Léo, je cherchais alors à intégrer un studio pour apprendre tout ce que je ne savais pas. C’est grâce à mon amie Dorothée que j’assistais un jour de mai 2015 que j’ai pu trouvé une place en tant qu’assistant plateau au studio Deux Choses Lune en haut de la Rue Oberkampf. J’ai commencé à travailler, travailler, travailler. Ma petite fille venait de naître. Des problèmes de paiement m’ont forcé à trouver un autre studio au sein duquel travailler. Je ne suis pas allé très loin puisque j’ai intégré l’équipe du studio Salaprod qui se trouve passage Piver. J’ai commencé à y travailler en octobre 2015. J’ai alors pu voir des shoots d’une autre ampleur, des grands photographes, de grandes équipes. Comprendre l’importance du travail en équipe, l’importance de la Lumière, du Stylisme, de la Coiffure, du Maquillage, du Set-design.

J’avais toujours dans l’idée de développer mon travail artistique et j’ai commencé à comprendre que le milieu de la mode s’ouvrait petit à petit. Que des jeunes magazines, de jeunes marques offraient de plus en plus de libertés créatives, que l’image glacée, figée commerciale des années 2010 allait être sur le point de disparaître. J’ai donc arrêté petit à petit de travailler en studio pour assister des photographes « en direct ». J’ai beaucoup, beaucoup assisté, de nombreux photographes. Je travaillais énormément en lumière. J’ai aussi été opérateur numérique pour mieux comprendre toute la chaîne graphique de la photographie numérique.

 

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Entre temps, j’ai réussi à louer un studio avec d’autres photographes à Ivry-Sur-Seine. Le studio était doté de plusieurs labos dont un argentique où j’ai investi dans des machines pour travailler la couleur. J’ai commencé à shooter mes premiers éditos en totale indépendance. Ça a été une phase très compliquée puisque j’avais peu de temps pour shooter entre tous les jobs d’assistant. Je ne trouvais pas de magazine qui veuille me publier, et c’est compliqué de monter une team ou d’avoir des filles sans magazine.

Pour répondre à votre question concernant l’idée de se faire une place, je pense qu’il y a plusieurs écoles. Moi j’ai voulu miser sur celle de la qualité de mon travail. Mais ma place n’est toujours pas faite puisque je commence à peine. J’ai arrêté totalement l’assistanat il y a un an et demi, et je ne vis pas encore très bien de mon travail même si les choses avancent petit à petit.

E : Quelles sont tes principales sources d’inspirations ?

A : Mes sources d’inspirations sont nombreuses et variées. Je puise des idées de projets dans la littérature, dans des essais théoriques sur l’art. J’ai toujours un rapport très fort à la peinture où je vais puiser une grosse partie de mes recherches de couleurs. Ces dix dernières années j’ai vu se renforcer mon amour du cinéma où je puise mes recherches de décors, d’attitudes et maintenant les mouvements de caméras. Mais je suis surtout inspiré on-set par les personnes que je shoote et la team avec qui je travaille. Je ne serais certainement pas grand chose sans les autres corps de métiers qui m’accompagnent.

E : Comment décrirais-tu ton style en tant que photographe ?

A : C’est une excellente question. Je pense que le rapport que j’ai à la peinture est évident dans les textures d’images que je travaille (cf Richter), dans le choix des couleurs. Mon choix de cadre est très important aussi, même si il est loin d’être compris par les personnes du milieu. J’aime beaucoup l’idée du hors-champs pour amener de la vie à une image, cacher ce sur quoi on veut insister, et surtout amener de la liberté à celui qui regarde l’image qui fait du hors-champs son propre monde.

E : Tu réalises aussi des vidéos, la dernière en date étant celle que tu as réalisé pour le Vogue Portugal. Peux-tu nous en parler plus en détail ?

A : Oui petit à petit dans mon travail je me suis tourné vers la vidéo. C’était déjà un rêve d’enfant d’être réalisateur ou directeur de la photographie (DOP) et c’est en assistant quelqu’un comme Thomas Lachambre, qui bosse en photo et en vidéo, que je me suis remis à découvrir l’image non figée et que j’ai pu commencer à faire mes armes. Je me suis mis à emprunter des caméras autours de moi, à faire des jobs de DOP, filmer des castings jusqu’à ce que j’investisse dans mon propre matériel, toujours dans cette idée d’indépendance.

Le projet Vogue Portugal est un projet éditorial mis en place par Joana Dacheville de l’agence Saint Germain avec Eva Wang. Joana m’a mandaté pour faire une courte vidéo en marge du shooting photo. Je ne suis responsable en rien de la direction artistique mais l’intérêt de la vidéo est que le cadre, le montage, la musique et le grading peuvent transmettre un message fort.

En cette période où l’être humain commence à se libérer de ses chaines du passé j’ai voulu prendre position. Le thème global pour l’issue de Septembre chez Vogue était We Hope. Le casting réalisé par Remi Felipe était juste incroyable. Au début du projet, j’étais très inquiet quant au message que j’allais transmettre. J’avais peur de ne pas avoir toutes les clés en mains. Que le message véhiculé soit mal perçu, mal interprété ou simplement que je me trompe dans ce que j’allais montrer. Mais je me suis laissé aller avec l’équipe de Color Theory, je me suis fait confiance et j’ai décidé d’ouvrir le film sur cette très belle scène de danse de Chris Massala.

Je trouvais ça intéressant d’avoir cette ouverture douce accompagnée par une musique de la vieille garde de l’armée américaine et le fait que ce personnage noir qui porte ces magnifiques bijoux de Lorette Colé Duprat qui m’évoquait un peu des chaines, soit masqué. Lorsque le masque tombe, la musique change, l’univers change totalement et on voit Chris et Solal Zaoui s’embrasser. Je voulais vraiment appuyer sur cette idée d’effacement des notions de genre, d’ouverture de la sexualité, d’égalité des couleurs de peaux et ensuite faire une emphase sur l’unité donc les groupes shots. C’est toujours un exercice intéressant de réussir à transmettre un message au travers d’un projet qui n’est pas le sien.

 

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E : Que souhaites-tu transmettre à travers tes photographies ?

A : Jusqu’à présent mes photographies étaient surtout une recherche esthétique personnelle. Donc, je tends à me détacher un peu de ça en ce moment, à m’intéresser de plus en plus à l’humain. Pour moi, l’image est un vecteur de pensée majoritaire à l’heure actuelle. Cela est du aux réseaux sociaux, la publicité omniprésente et le marketing de masse de l’image. Nous vivons dans l’ère de l’image. Les gens ont tendance à travers le monde à développer des mécanismes d’identification. Ils créent des mouvements de pensée d’une certaine manière au travers de l’image. Il est de notre devoir en tant qu’artistes, en tant que photographes, vidéastes de diffuser des messages, qu’ils soient à caractère politiques, spirituels et caetera…

E : Pour qui rêverais-tu de travailler un jour et pourquoi ?

A : Je rêverai égoïstement de faire des campagnes pour Dior car des photographes que j’aime énormément ont travaillé pour eux par exemple Paolo Roversi ou Suffo Moncloa, j’aime beaucoup Jill Sander ou Comme des Garçons aussi. Mais mon rêve est de bosser avec des marques qui changent la donne. Celles qui font évoluer l’univers dans lequel on vit, de développer de nouvelles esthétiques plus en accord avec le bien-être des habitants de notre planète.

E : À tes yeux quel est ton plus beau projet photo, celui dont tu es le plus fière actuellement ?

A : Je suis très difficile avec moi même et j’ai toujours du mal à répondre à cette question. J’ai un projet que j’aime beaucoup qui n’est pas encore sorti. Il doit sortir depuis un moment mais sortira finalement à la fin du mois. Je ne peux pas vraiment en parler plus. Mais les plus beaux projets restent à venir.

E : Quels sont tes projets à venir ?

A : J’ai un projet de vidéo pour une marque Coréenne dont le tournage devrait arriver au début du mois d’octobre. J’ai de nombreux projets éditoriaux à mettre en place mais il faut que je trouve des magazines intéressés. Continuer de développer mon travail vidéo et photo et faire des projets de plus en plus gros. Je suis aussi en train de monter une société de Capture et DIT avec mon associé et ami Arthur Jung. Aménager correctement mon nouvel appartement, m’occuper de ma fille et prendre des vacances un de ces jours !

Merci à Antoine d’avoir répondu à nos questions !

Si vous voulez en découvrir plus sur Antoine Bedos et suivre ses futurs projets, rendez-vous sur son : Instagram @antoine.bedos et sur son site !