Musique

JOSEPH SCHIANO DI LOMBO : un artiste pluridisciplinaire

Dis-moi EMIE, Joseph Schiano Di Lombo, c’est qui ?

Joseph Schiano Di Lombo est un jeune pianiste de formation classique et plasticien diplômé des Arts décoratifs de Paris. EMIE l’avait découvert sur Instagram et entre musique, art et humour on a toute suite voulu en savoir plus ! On vous laisse découvrir son univers, son parcours et ses projets !

E : Quand as-tu découvert cette passion pour le piano ? Par quelles étapes es-tu passé pour atteindre ce niveau ?

J : Je suis clarinettiste de formation. C’est à l’âge de 14 ans que je me suis décidé à prendre des cours de piano, après avoir vu Martha Argerich jouer le concerto en La mineur de Robert Schumann à la télé. J’ai suivi des cours au conservatoire de musique en Savoie, puis je suis monté à Paris après le Bac pour « devenir pianiste »…

J’ai intégré un stage à l’École normale de musique puis un conservatoire préparant les élèves aux concours d’entrée au Conservatoire national supérieur. Mais le piano commençait à prendre trop de place ; je me forçais à travailler cinq à huit heures par jour à l’instrument et n’en tirais aucune espèce de plaisir. (Des tendinites, seulement.) Peu à peu je suis devenu un cancre ; je battais un peu de l’aile et mon piano de la queue. J’ai tenté clandestinement le concours aux Arts Déco de Paris (ENSAD) et par chance j’ai été pris ! Pendant cinq ans, j’ai étudié les arts visuels et j’ai très peu joué de l’instrument. Je suis loin d’avoir une technique parfaite ; mais grâce à cette formation j’ai acquis des bases solides qui me permettent d’inventer des choses sur un clavier aujourd’hui !

E : La musique classique a toujours été une évidence pour toi ?

J : Curieux qu’une chose si difficile soit si évidente ! J’ai commencé la musique très jeune, bien avant de m’intéresser à la musique « classique » (parce qu’à « l’éveil musical », tu commences surtout par chanter des petites atrocités écœurantes et par foutre les boules à tout le monde avec ta flûte à bec). Mais quand tu entends Chopin, soudain, tu te dis que merde, la musique c’est peut-être au fond un peu subtil ! C’est elle qui m’a donné envie de continuer.

J’ai assez tôt développé ce goût pour la musique ancienne, seul dans mon coin, car à la maison mes parents n’écoutaient principalement que variété, pop et rock (que j’aime autant). Moi, amoureux de la poussière, peut-être aussi snob à mes heures, j’ai très tôt cherché à écouter ce qu’écoutaient mes grands-parents. Snob ou pas, je me souviens avoir été (et ce bien avant d’entendre le concerto de Schumann), envoûté par le Nocturne op. 55 n°1 de Chopin à la radio. Je me souviens exactement de ce que j’ai ressenti, et rien qu’à vous en parler ça me donne des frissons. Alors bon, un Noël, curieux, j’ai demandé l’intégrale des Nocturnes de Chopin ; je les ai écoutés en boucle et je les écoute encore très souvent aujourd’hui.

E : Ton premier titre If You Had My Love est une sublime reprise au piano du titre de Jennifer Lopez. Une reprise originale et inattendue mais qui au final fonctionne si bien, pourquoi ce choix ?

J : J’adore utiliser Instagram pour communiquer ; je joue souvent du piano dans mes stories… Un jour, l’artiste Myd a répondu à l’une d’elle en me demandant de jouer le générique de Stranger Things. J’ai bricolé un truc et à la suite de ça, les request ont fusé de toutes part (de Chapi Chapo à Cardi B), transformant mon profil en jukebox ! Au bout d’une quinzaine de reprises, une amie m’a écrit en disant que j’avais l’air d’un DJ de mariage à qui on demande du Jenifer Lopez ! Alors je lui ai envoyé dans la foulée une impro improbable de « If You Had My Love ». J’ai à peine réfléchi, le titre est venu comme ça. En réécoutant, j’ai trouvé la mélodie parfaite pour le piano ; simple et touchante ! Pendant quelques mois après cet épisode, j’ai pris le temps de développer l’idée à la manière d’un « Thème et variations ».

E : Tu as plus récemment sorti un EP composé de deux ré-interprétations du titre « Sans Contrefaçon » de Mylène Farmer. Une façon Satie et une façon Debussy. Peux-tu nous en dire plus sur le travail que tu as réalisé ici ? 

J : Il m’a fallu un peu de temps pour m’atteler à une nouvelle reprise, et encore plus de temps pour l’écrire ! J’avais la vague envie de faire quelque chose de ma passion adolescente pour Mylène Farmer. J’ai d’abord essayé « Désenchantée » pendant un bon moment, mais ça ne convainquait pas. Alors j’ai essayé « Sans contrefaçon », dont j’aime tant l’originale. Si j’étais resté d’abord très proche du thème de « If You Had My Love », le même parti pris était assez ennuyeux sur ce nouveau titre. Cette fois, j’ai donc opté pour un autre parti pris : revoir Mylène Farmer en pastichant les styles de ces deux compositeurs de la première moitié du XXe siècle, qui m’ont eux aussi accompagné pendant mon adolescence — surtout Debussy, je dois dire.

Les thèmes du couplet et du refrain ont subi des anamorphoses, ils sont parfois à peine reconnaissables… C’est peut-être un peu moins évident que le JLo, mais j’imaginais que l’auditeur pouvait s’amuser à le reconnaître ! Comme ça, au moins, le pianiste n’est pas le seul à jouer ! Ce pastiche fait écho à une tendance assez passionnante en musique : la réappropriation d’un style a priori étranger au sien. Maurice Ravel, le joaillier des mirages, a écrit de célèbres pastiches : « À la manière de Chabrier » et « À la manière de Borodine », dont le titre affiche clairement l’exercice de style. J’ai déjà fait un travail similaire dans le cadre d’une exposition personnelle : « Mysique pour Arp » – Joseph Schiano Di Lombo dans la galerie de David Giroire au Palais-Royal, en septembre 2019. À travers des dessins, des peintures, des volumes et des pièces musicales, j’avais tenté de réinvestir le territoire poétique de l’artiste dadaïste Jean Arp. Finalement, bien que j’aie renoncé à devenir un interprète classique, je ne suis pas si loin d’en être un, aujourd’hui… Ou plutôt un ré-interprète ; ce qui n’est pas mieux, ni moins bien… c’est juste un peu différent.

E : Est-ce que tu comptes jouer tes titres sur scène bientôt ?

J : J’avais des occasions de le faire en septembre, mais les différents concerts ont été annulés pour une cause qu’on ne présente plus. J’espère pouvoir en faire en octobre mais je ne peux pas en dire plus pour le moment.

E : Quels sont tes projets à venir ?

J : En ce moment, je suis en résidence pour continuer l’écriture de mon premier roman, qui est une commande de la graphiste Fanette Mellier. C’est une aventure folle et un immense saut dans le vide. Jusqu’ici, je n’ai écrit que des textes extrêmement courts (quatrains, haïkus…) ; la forme longue n’est a priori pas mon truc, mais écrire un roman faisait partie des rêves que j’ai formulés très tôt. Par dessus-tout, Fanette m’a donné une confiance si précieuse, si rare aussi, que je serais ingrat et timbré de ne pas me jeter dans ce vide-là. Quant à la musique, une chanson que j’ai faite avec mes amis Saint DX et Clara Cappagli vient de sortir ! Je suis en train de composer des morceaux que je rassemblerai bientôt sous un projet assez rigolo. Des collaborations avec des artistes de la scène electro font aussi leur bout de chemin… Bref, je ne m’ennuie pas !

Merci beaucoup à Joseph Schiano Di Lombo d’avoir répondu à nos questions !

Pour ne louper aucune nouveauté rendez-vous sur son Instagram @joseph.schiano.di.lombo que l’on vous conseille de suivre vivement !

Crédit photo : @rebekkadeubneur