Art & Photographie

CAROLINA MORENO : une photographe inspirée par la nostalgie

Dis- moi EMIE, Carolina MORENO, c’est qui ? 

Carolina Moreno est une jeune photographe française de 23 ans, spécialisée dans la musique et la photo de studio. Elle nous parle de ses inspirations, de son travail aussi bien en concert qu’en studio et de sa collaboration avec Veda Wave. 

E : Comment as-tu commencé la photographie ?

C : Je pense que ça a commencé quand ma mère m’a donné mon premier polaroïd, j’avais 14 ans. J’ai utilisé ma première pellicule avec des amies, pendant mes anniversaires. À l’époque j’étais plus dans la musique et la mode, la photo était juste un détail, même si j’ai toujours été attirée par le visuel.

MNNQNS – Carolina Moreno
E : Quelles sont tes inspirations en général ? 

C : Depuis que je fouille les albums photos de mes parents, j’ai ce fantasme de vivre dans une autre époque. Je suis convaincue que dans une autre vie, quelque part en Angleterre, j’étais photographe au début des 90s. Dans mon fantasme je suis proche de Kim Gordon ou du groupe The Cure (c’est assez prétentieux dit comme ça). C’est un style de vie. Je pense que ce qui m’inspire en général, c’est la nostalgie, c’est mon deuxième prénom. Je suis très attachée au passé. Durant mes shoots, je veux absolument ce type de grain ou ce type de vêtement. Il y a rarement des objets « modernes » dans mes photographies.

Ensuite, viennent les femmes. Je vais éviter de faire 20 lignes pour décrire à quel point on a besoin de femmes dans notre société actuelle (qui progresse, mais qui est tout aussi horrible envers nous). Mon rôle est de faire sentir aux femmes qui passent devant mon objectif de se sentir puissante, belle, cheffe de leur vie. Pour ma part, ça passe beaucoup par la liberté sexuelle ou de notre corps. C’est important de ne pas juger nos choix, il y a encore trop de tabous sur ce sujet. Je suis une femme péruvienne et bisexuelle, j’ai grandi avec des remarques. Maintenant, je retrousse mes manches et je tente au possible de photographier les femmes de demain, celles qui nous entourent, celles qui vont changer les choses. Le féminisme est très important dans mon travail. Femmes artistes, soutenons-nous ! Évitons la compétition, car c’est un milieu d’hommes, il faut s’exprimer et ne pas se laisser faire.

Carolina Moreno
E : Qu’est-ce qui t’as donné envie de te spécialiser dans la photo de concert ?

C : J’ai fait mes premiers concerts toute seule à mes 16 ans, quand j’avais un peu d’argent. Dès mes 18 ans, je passais plus de temps dans des salles de concert que chez moi. Je voulais faire partie de ce monde de fou : le chanteur qui se jette violemment dans la foule, partager une clope avec son groupe après le gig, foncer sur les gens pendant LA chanson, avoir mon gang de copines.

Mon premier concert je l’ai shooté avec un jetable, c’était Wolf Alice et The Pale White en 2017. J’avais tellement peur du résultat. Quand j’ai récupéré les tirages, j’ai pleuré dans la rue car c’était exactement ma vision rêvé de ces concerts là. Après j’ai investi dans un vieux Nikon et c’était horrible… Les photos étaient mal exposées, rien n’allait !

Maintenant, je m’en sors mieux. Depuis quelques mois, je travaille avec The Darwin Experience. J’ai eu l’occasion de suivre ce groupe un peu partout sur Paris et quelques villes en France. J’apprends doucement à les connaître, à mieux les cerner devant l’objectif. Ils sont très drôles et arrivent à me donner des visuels sympas pendant le concert. J’apprends tout doucement à documenter un groupe et capturer des éléments essentiels. Mais avec le confinement, c’est très compliqué.

The Darwin Experience – Carolina Moreno
E : Tu travailles beaucoup l’argentique, qu’est-ce que cela t’apportes comparé au numérique ?

C : BEAUCOUP DE CHOSES. C’est une question de personnalité. Avec un argentique, on est très limité et c’est ce qui met du piment dans ma vie. J’ai appris de mes erreurs, j’observe plus, je prends des risques, on ne prend pas les mêmes photos avec un numérique. Le numérique, pour moi, est limite trop facile et c’est moins drôle. Après comme tout fan d’argentique, on aime avoir ce grain et cette nostalgie. L’histoire est plus intéressante à raconter.

E : Tu collabores avec Veda Wave (affiche, pochette d’album), qu’est-ce que cela t’apportes et qu’est-ce que tu peux en retenir ?

C : Dominique (vedawave) est vraiment la meilleure personne avec qui on peut travailler. J’ai tellement appris avec lui. J’ai eu beaucoup de chance de l’avoir l’année dernière, ça m’a aidé à vraiment cerner mon esthétique en général. Les travaux que j’ai fait pour lui reflète mon vrai univers : goth, milieu 90s, spooky. Même si j’ai carte blanche sur nos projets, je sais ce qu’il veut et je lui donne.

Carolina Moreno
Vedawave – Carolina Moreno

J’ai aussi appris que c’était TRÈS important de travailler avec des artistes qui te correspondent, qui comprennent ton art. Dominique est aussi quelqu’un qui connaît ce milieu de la musique, il m’a aussi appris à être réaliste. C’est une personne qui a beaucoup les pieds sur terre, honnête et que j’admire depuis le premier jour. Cela fait plus d’un an qu’on bosse ensemble et c’est un plaisir, c’est une perle rare.

Carolina Moreno
Vedawave – Carolina Moreno
E : Tu shootes aussi en studio, aimerais-tu développer cette manière de travailler ?

C : Le studio me faisait TRÈS peur au début.  En école, on t’apprend à utiliser plusieurs matos que je n’osais pas toucher. Maintenant, j’installe mon propre set-up sans trembler haha. Le studio, c’est ce qui m’a vraiment libéré artistiquement. Depuis un an, je shoote avec des modèles, la nature morte ne fait pas partie de mon vocabulaire. Je déteste ça. En ce temps de confinement, il fallait absolument que je travaille et que j’expérimente. Je me suis dit « au pire si c’est pas bon tu sais que tu as essayé ». Plot twist = j’ai adoré. Avec quelques accessoires vintages chez moi, j’ai pu raconter des choses. Donnez-moi une salle, un modèle, un flash, deux/trois fringues et je suis la plus déterminée.

Carolina Moreno
Carolina Moreno
E : Quel artiste/groupe tu rêverais de shooter ?

C : Doux jésus… Cela n’arrivera jamais, mais j’aurais adoré shooter Sonic Youth ou The Strokes. Ils font partie de ces groupes que j’admire et que je respecte. En tant qu’artiste, je serais honorée de photographier Johnny Goth, Lana del Rey ou Arrow de Wilde.

Carolina Moreno
Arrow de Wilde – Carolina Moreno
E : Quelle est la photo dont tu es la plus fière ?

C : Il y en a plusieurs, mais ma préférée est celle du concert de SHAME. C’était un concert qui m’a retourné le cerveau j’en ai encore mal à la tête. Charlie (le chanteur) se jetait sur la foule toutes les 10 secondes et il me fallait absolument « Le shot ». Je voulais montrer cette ambiance indescriptible dans les concerts. J’en suis super fière car je suis très petite, je me faisais pousser par 20 mecs et c’était la guerre pour capturer ce genre de moment.

Shame – Carolina Moreno
E : Durant ce confinement, quels sont les 3 artistes que tu écoutes le plus ?

C : Je me refais toute la discographie de Ty Segall, Drab Majesty et Type O Negative.

E : Enfin quels sont tes projets futurs malgré cette période compliquée ?

C : Pendant ce confinement, je refais des moodboards pour des projets très sympa. J’attends juste le jour où je pourrais retravailler avec des modèles. Le reste est classé confidentiel, secret-défense… Je plaisante, en réalité ça va être très dur pour mes amis artistes. Restons positifs et soutenons nous : achetez des prints, posters, du merch’ ou écouter leurs sons sur Spotify. Un rien peut aider, je vous l’assure.

Merci à Carolina Moreno d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Retrouvez Carolina sur son site internet et sur Instagram @carolina.mrn