Cinéma

CORALIEN BACCARARD : interview du réalisateur de Case Noire

Dis moi EMIE, Coralien Baccarard, c’est qui ? 

Curieux et très proche de sa culture, Coralien est un jeune réalisateur martiniquais, passionné du monde de la vidéo. Dans cette interview, il nous livre son parcours, ses inspirations, ses créations, ses envies et bien plus.

E : En quelques lignes, tu es… 

C : Je m’appelle Coralien, je suis réalisateur d’origine antillaise vivant à Paris, je suis co-fondateur avec Janis Judes de la maison et société de production : Case Noire.

 

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E : Depuis combien de temps fais-tu de la vidéo ? D’où t’es venue cette passion ?

C : Je fais de la vidéo depuis maintenant 5 à 6 ans. À la base, je faisais de la photographie principalement de femmes et puis un jour, par hasard, j’ai filmé ma famille avec mon appareil photo et j’ai trouvé ça génial. J’avais juste filmé ma famille, sans mise en scène, mais le fait de pouvoir revivre ce petit moment dans toute son authenticité, la qualité de l’image, le symbole que ça dégageait, ça m’a frappé.

E : Quel est ton style de film et pourquoi ?

C : Disons que je n’ai pas vraiment de style, car j’aime comprendre ce à quoi chaque genre aspire, quels sont ses codes etc. Par la même occasion, je me nourris artistiquement et humainement dans ce que je vois, pour les retravailler dans mes projets. Par contre, il est vrai que je suis plus sensible aux fictions réalistes qui mettent en lumière les rapports entre êtres humains.

E : On a entendu parler de Case Noire, tu peux nous présenter ce projet ?

C : Case Noire c’est une maison de production que j’ai co-créé avec un ami. Notre volonté est de réaliser et produire des projets ayant une dimension artistique forte. Ce que nous voulons, au travers du prisme du cinéma et de la vidéo, c’est partager des messages forts, des valeurs humaines importantes aux nôtres et au monde entier. Entre nous, Case Noire c’est : soigner par l’image.

E : Comment décrirais-tu tes projets vidéos ?

C : Les projets vidéos sur lesquels je travaille avec la team sont, à l’heure actuelle, principalement des projets clients au travers desquels on a réussi malgré tout à mettre ce coté humain.

Je pense au premier clip de Case Noire avec Lyricis : Daily Love.

On a voulu mettre en avant l’amour mais de manière moins standardisé : en montrant un couple lesbien, des couples de couleurs avec surtout de vraies interactions. Donc, je dirais que le mot d’ordre pour moi est l’humain. On a hâte du coup, que les projets internes de Case Noire sortent car là, il y aura vraiment notre vision. Stay tuned haha !

E : De quoi t’inspires-tu pour réaliser tes projets vidéos ?

C : Je n’ai pas de sources d’inspirations exactes, je peux me nourrir d’un film primé comme je peux m’inspirer d’un jeune artiste apprenant la vidéo. Je suis ouvert constamment à ce qui m’entoure, les vibrations, les échanges, même les projets les plus basiques, comme les interviews d’entreprise par exemple. Tout est sujet à être inspirant, il s’agit juste de l’angle qui est pris.

E : Pour toi, de quoi un artiste ne doit pas manquer ? Pourquoi ?

C : À mon sens, un artiste ne doit pas prendre ce domaine à la légère comme une simple tendance car il s’agit en vérité d’un mode de vie, de penser.

Un artiste c’est un messager, il a la responsabilité de véhiculer des valeurs positives et de dénoncer aussi ce qui se fait car, de par le processus de création, on est constamment dans un questionnement de soi, du monde. On est donc conscient des choses. Donc l’artiste doit vraiment comprendre, accorder une importance quasi-systématique au fond. Le « NAN NAN » comme on dit chez nous aux Antilles.

E : Quel est le film/court-métrage/clip que tu penses avoir le plus réussi ? Pourquoi ?

C : Le projet que j’ai le plus réussi aujourd’hui n’est pas encore sorti mais si je dois prendre du recul je dirais « Que Voyez-Vous » co-réalisé avec Chanel Victor car il incarne ce que j’aime dans le cinéma. Le rapport à soi et à l’autre.

 

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E : Qui t’inspire et pourquoi ?

C : Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce qui m’inspire c’est le parcours de toute personne, par exemple le mode de vie d’un pêcheur va me parler. Celui de ma famille, la vie de mes proches aussi. Car pour moi, on a trop tendance à voir une personne comme une entité unique, alors qu’en vrai, que serait Euzhan Palcy sans ses parents ? Que serait Kendrick Lamar sans son crew ? Enfin voilà, c’est un ensemble d’éléments qui font un tout. Fini l’image du héro seul contre le monde, car pour moi ça n’existe pas.

E : Un fléau dans le monde de la vidéo/artistique ?

C : Pour le plus grand fléau est le manque de solidarité, de tolérance et de reconnaissance dans le milieu. C’est très dur de se connecter avec des artistes car ils sont dans un rapport de force, peur de l’autre, peur que tu les dépasses, etc. Alors qu’en vérité, on a chacun une vision et si on avait assez confiance en nous ce que ferait l’autre ne serait qu’une source d’inspiration et donc un partage.

E : Pour toi, dans le monde de l’entertainment l’image a t-elle un rôle important ou le talent prime ?
C : Ah mais clairement et c’est désastreux à mon sens. On fait face à une génération qui, en s’appuyant sur la notoriété et les réseaux pour se donner un statut, met dans l’ombre des gens plein de talents. Malheureusement, on se souvient plus de celui qui fait plus de bruit, que celui qui fait les choses dans le fond.
E : Si tu devais militer pour quelque chose à travers tes créations ce serait ? Pourquoi ?

C : Ce serait pour les antillo-guyanais et autres départements des « outre-mer » (je n’aime pas ce mot). Notre histoire, notre culture, notre impact, tellement ignoré et caché.

E : Ton souvenir artistique le plus inspirant ?

C : Je crois que c’était le tournage le plus intense de ma vie. On est partie à Saint-Martin pour réaliser le clip de Tamillia. On avait peu de budget, un effectif réduit et un scénario hyper ambitieux. 3 jours de tournage, un peu plus de 5 jours de repérages dans un lieu qu’on connaissait peu voir pas du tout.

Tous les jours on allait aux 4 coins de l’île pour trouver les bons spots. On voulait mettre en lumière au plus possible les différents univers de SxM. On se levait à 8h, des fois avant, on travaillait toute la journée, le soir on sortait. C’était intense, on en pouvait plus, on ne dormait quasiment pas et on a réussit à tenir le pari.

On a été interviewé le dernier jour du tournage, quand on voit nos têtes, c’est catastrophique ! Mais on est vraiment fiers. On a rencontré la famille de Tamillia qui nous ouvert les bras. Quand ils viennent sur Paris, on se voit toujours, ils dorment à la maison. C’est juste énorme. Je pourrais faire un roman de cette expérience alors je me calme haha !

E : La dernière découverte vidéo qui mérite un détour ?

C : Le clip de Jicike x Bryan en Guyane. On a vraiment essayé de retranscrire une image authentique de la Guyane. Avec des lieux phares et symbolique pour l’artiste et le paysage guyanais.


E : Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui aimerait se lancer ?

C : Je lui dirais de constamment être à l’écoute de ce qui l’entoure de ne se fermer sur rien. Même ce qui l’énerve, de prendre le recul et de prendre le bon, de façon à ne jamais avoir d’oeillère. Et faire ce qui nous semble bon quand on le sent, d’une manière ou d’une autre, car y a pas pire que la frustration dans ce métier. Et puis beaucoup d’amour dans son métier, la passion. Pas à celui qui fait le plus de vues sur Instagram mais à celui qui vit ce qu’il fait.

E : Quel est ton prochain projet ?

C : Notre prochain projet avec la team, c’est un ensemble de contenus internes (documentaires, web-série, etc) autour de la culture et du patrimoine antillais, la sexualité de manière générale, l’entreprenariat, le féminisme et d’autres ! Oui y en a plusieurs ! Vous pourrez suivre tout ça sur l’Instagram de Case Noire. J’arrête, j’en ai trop dit.

Merci à Coralien d’avoir répondu à nos questions.
Rendez-vous sur ses comptes : @coralien_b@casenoire .